Le blog de poésie de Stéphen Moysan
Cher Oliv,
Ton commentaire mérite une meilleure exposition au sein de ce blog,
ainsi je me permets de le publier ...
*** Poésie Aztèque ***
Si les indiens ne connaissaient pas la poudre à canon et n’utilisaient la roue
que pour les jouets d’enfants, la poésie tenait une place importance pour
certains peuples. Les Aztèques avaient développé une philosophie qui n’avait
rien à envier à celle des Grecs antiques, et qui s’exprimait largement à travers
la poésie.
À la question « Vivons-nous vraiment sur la terre ? »,
le poète Nezahualcóyotl répondait :
Non, sur terre nous ne sommes pas pour toujours
Seulement pour un cependant
Même le jade se brise en morceaux
L’or lui-même se fend
Et la plume du quetzal se délite
Non, ce n’est pas pour toujours que nous sommes sur terre
À peine pour un cependant
Et encore :
Comme une figure peinte, nous serons effacés
Comme la fleur nous flétrirons sur la terre
Comme la parure de plume de l’oiseau rare
L’oiseau rare au cou délié
Nous nous éteindrons
Les Aztèques étaient torturés par leurs incertitudes quant
à la destinée de l’âme :
« Les fleurs s’en vont-elles au pays des morts ?
Dans l’au-delà, la mort dure-t-elle ou revenons-nous à la vie ? »
Alors se pose la question de la vérité et du réel...
que seuls permettent d’approcher les arts, et en particulier la poésie :
(Je recopie ci-dessous un passage du livre « 1491, nouvelles révélations
sur les Amériques avant Christophe Colomb » de Charles C.Mann.)
« Parce que nous autres humains sommes transitoires, et que nos vie ont
la nature évanescente d’un songe, les tlamatinime [philosophes] pensaient
que la vérité, de par son caractère immuable, restait inaccessible à
l’expérience humaine. Sur la terre soumise au changement perpétuel,
écrit l’historien mexicain León-Portilla, « rien n’est “vrai” dans le sens
nahuatl [langue aztèque] du terme », un dilemme qui préoccupait sans cesse
les tlamatinime. Comment la créature éphémère peut-elle appréhender
ce qui dure ? Ce serait comme demander à une pierre de comprendre
ce qu’est la mort.
D’après León-Portilla, une échappatoire à cette impasse philosophique
a été proposée au XVe siècle par le poète Ayocuan Cuetzpaltzin, qui usa,
comme font les poètes, d’une expression métaphorique ; il invoquait
l’oiseau coyolli, connu pour le son de clochettes de son chant.
Il voyage en chantant et en offrant des fleurs
Et ses mots sont une pluie
De jade et de quetzal
Celui qui donne la vie en est-il heureux ?
Est-ce l’unique vérité sur la terre ?
León-Portilla souligne que les paroles d’Ayacuan sont difficilement intelligibles
en dehors du contexte nahuatl. « Les fleurs et les chants » correspondent
au doublet consacré pour faire référence à la poésie, le plus noble des arts ;
« le jade et les plumes de quetzal » désignent par synecdoque les choses
de grande valeur », comme un Européen parlerait « d’or et d’argent ». Le chant
spontané de l’oiseau symbolise l’inspiration poétique. Ayocuan suggère donc
qu’il existe une circonstance où l’humanité peut toucher aux vérités éternelles
qui sous-tendent nos brèves existences : le moment de la création artistique.
« D’où viennent donc les fleurs [les œuvres d’art] qui enchantent les hommes ? interroge le poète. Les chants qui donnent l’ivresse, les chants de beauté ? »
Et il apporte lui-même la réponse : « Elles viennent toutes de la demeure
[d’Ometeotl], de la région la plus secrète des cieux. » Pour les Mexicas
[Aztèques], il n’y a qu’à travers l’art que l’être humain peut approcher le réel. »